January 18, 2026

Accès à la santé : sortir des annonces, construire des solutions durables

Une réalité connue : attirer des médecins en zone rurale et frontalière est devenu extrêmement difficile

L’accès à la santé est aujourd’hui l’une des préoccupations majeures des habitants des zones rurales, et Yvoire ne fait pas exception. Nous le savons tous : attirer et maintenir des médecins dans ce type de territoire est devenu extrêmement compliqué. La situation est encore plus tendue dans les communes frontalières, où l’attractivité de la Suisse — en termes de rémunération, de conditions de travail et d’infrastructures — accentue fortement la concurrence.

Ce constat n’est ni idéologique ni polémique. Il est factuel. Il est partagé par les élus, les professionnels de santé et les habitants. Il impose une chose essentielle : arrêter de croire qu’un médecin viendra simplement parce qu’un local existe ou parce qu’une annonce a été faite. Aujourd’hui, un médecin choisit son lieu d’exercice en fonction d’un ensemble de critères très précis : conditions de travail, accompagnement administratif, équilibre de vie, intégration familiale, perspectives à long terme. Sans cela, aucune installation ne peut être durable.

À Yvoire, cette réalité a déjà été vécue. Elle a un visage, une histoire, une mémoire collective. Nous nous souvenons tous du Docteur Pétieu et du Docteur Soraya. Deux médecins qui ont fait le choix de s’installer dans la commune, portés par des promesses et par l’espoir d’un projet médical solide. Deux médecins qui sont finalement repartis. Non pas par manque d’engagement personnel, mais parce que les conditions nécessaires à leur maintien n’ont jamais été réellement mises en place.

Les erreurs du passé : annoncer sans accompagner, promettre sans structurer

Faire venir un médecin sans mettre en place tout ce qu’il faut pour qu’il reste, cela ne peut pas fonctionner. L’expérience l’a prouvé. Annoncer une installation, inaugurer un local, communiquer avec enthousiasme ne suffit pas. Sans accompagnement concret de la commune, sans vision globale, sans soutien au quotidien, ces projets sont condamnés à l’échec.

Cette inquiétude est d’autant plus légitime lorsque l’on regarde la manière dont certains équipements communaux ont été gérés par l’ancienne municipalité. Prenons l’exemple de la boulangerie. Là aussi, les promesses étaient nombreuses. Résultat : une boulangerie jamais ouverte hors saison, un artisan parti au bout d’un an, et aujourd’hui un village qui regrette cette disparition. Mais ce départ n’est pas une fatalité : il est la conséquence directe d’un manque d’accompagnement et d’une gestion déconnectée des réalités économiques.

Prenons également l’exemple de la maison des associations. Un équipement financé par l’argent des contribuables, censé être un lieu de vie, de rencontres, de lien social. Dans les faits, c’est une salle quasi vide, peu utilisée par les habitants, car proposée à des tarifs prohibitifs. Un habitant d’Yvoire doit débourser jusqu’à 600 euros pour un week-end afin de l’utiliser. 600 euros pour une salle qui reste, le reste du temps, désespérément vide.

Ces exemples ne sont pas anecdotiques. Ils illustrent une méthode. Et si cette même méthode est appliquée à la santé, alors il est légitime de s’inquiéter. Car un centre médical mal pensé, mal géré, sans projet humain et professionnel solide, produira exactement le même résultat : une annonce de plus, un espoir déçu de plus.

Le médecin ne peut pas être un mirage : penser l’installation dans la durée

Oui, Yvoire a besoin d’un médecin. Mais pas à n’importe quel prix et pas de n’importe quelle manière. Un médecin ne peut pas être un outil de communication. Il ne peut pas être une promesse électorale de plus. Il doit s’inscrire dans un projet structuré, cohérent et durable.

Cela suppose de travailler sur plusieurs leviers en même temps : un cadre de travail adapté, une intégration réelle dans la vie locale, un accompagnement administratif efficace, des conditions économiques réalistes, et une vision partagée avec les communes voisines. Sans cela, même le meilleur des projets restera fragile.

Faire croire qu’il suffit de créer un centre médical pour résoudre le problème est une illusion. Et continuer à faire confiance à une gestion qui a déjà échoué sur des sujets similaires, c’est prendre le risque de revivre les mêmes désillusions. Si rien ne change, le médecin restera un mirage. Visible de loin, mais inaccessible dans les faits.

Il est temps de tirer les leçons du passé. Non pas pour accuser, mais pour ne pas recommencer les mêmes erreurs. La santé est un sujet trop sérieux pour être traité à la légère ou selon des méthodes qui ont déjà montré leurs limites.

Agir dès maintenant : des solutions alternatives concrètes et utiles

Parce que nous sommes lucides, nous savons aussi qu’un médecin ne viendra peut-être pas immédiatement. Faut-il pour autant laisser les habitants sans solution ? Absolument pas. C’est pourquoi nous proposons des mesures alternatives, pragmatiques et efficaces, capables de répondre aux besoins dès aujourd’hui.

La mise en place de cabines de téléconsultation est l’une de ces solutions. Elles existent déjà dans de nombreuses communes et permettent un accès rapide à un professionnel de santé, notamment pour les seniors, les familles et les situations non urgentes. Ce n’est pas la médecine idéale, mais c’est une réponse concrète à une urgence réelle.

Nous proposons également la mise en place de navettes vers des pôles médicaux existants. Des navettes organisées, régulières, adaptées aux horaires et aux besoins des habitants. Là encore, il ne s’agit pas de renoncer à un médecin local, mais de garantir un accès effectif aux soins pour tous, dès maintenant.

Ces solutions ne sont ni des gadgets ni des renoncements. Elles sont responsables. Elles montrent que l’on peut agir sans attendre, tout en travaillant sérieusement à une solution pérenne.

Travaillons ensemble. Habitants, professionnels, communes voisines. Pour faire venir un médecin, oui. Mais surtout pour le faire rester. Et en attendant, pour offrir à nos seniors, à nos familles et à tous les habitants d’Yvoire un accès simple, humain et digne à la santé. Parce que la santé n’est pas une promesse. C’est un besoin vital.

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